
Monsieur le Président,
Les échanges de l‘intersyndicale autour des lignes directrices de gestion révèlent une difficulté plus profonde que celle des seuls documents qui nous sont soumis.
Notre ministère administre les carrières. Il ne les gouverne plus.
Les campagnes de mobilité et de promotion sont organisées. Les données sont produites. Les procédures sont appliquées. Mais il manque ce qui fait une véritable politique de ressources humaines : une vision partagée des parcours professionnels, une capacité d’anticipation et un dialogue organisé autour des besoins des corps.
Les conséquences sont connues.
Les agents ne comprennent plus les décisions qui les concernent. Les encadrants peinent eux-mêmes à expliquer les règles ou les choix opérés. Les bilans restent essentiellement descriptifs. Ils rendent compte du passé mais éclairent peu l’avenir. Les lignes directrices de gestion ont remplacé les anciennes procédures, mais elles n’ont pas créé le cadre démocratique qui devrait les accompagner.
Or le Gouvernement lui-même a reconnu cette nécessité.
Pour les administrateurs de l’État, puis pour le corps interministériel des attachés, il a créé des collèges de gestion des corps. Pourquoi ? Parce qu’il a admis qu’une gestion efficace des parcours professionnels ne pouvait plus reposer sur la seule décision administrative. Elle suppose une analyse prospective, une vision des compétences, un pilotage partagé entre les employeurs.
Cette évolution constitue, à nos yeux, un constat politique important : l’administration reconnaît qu’elle gère mieux lorsqu’elle ne décide pas seule.
Il manque pourtant un acteur essentiel dans ces dispositifs : les représentants des personnels.
L’intersyndicale propose donc d’aller jusqu’au bout de cette logique.
Nous proposons que le ministère crée, pour chacun de ses corps, un véritable collège de gestion associant l’administration et les organisations syndicales représentatives.
Ce collège ne serait pas une instance supplémentaire de validation des décisions individuelles. Il serait un lieu d’échange et de partage sur les parcours professionnels.
Il s’appuierait chaque année sur un véritable bilan de gestion du corps : évolution des effectifs, besoins en compétences, mobilité, promotions, rémunérations, déroulement des carrières, attractivité, difficultés de recrutement, prospective des métiers.
Il veillerait à poursuivre l’effort sur l’égalité femme-homme dans tous les corps et apporterait une attention particulière aux carrières des agents en situation de handicap
Autrement dit, un outil permettant enfin d’objectiver les politiques de ressources humaines et d’en débattre collectivement.
Nous ne demandons pas davantage de procédures.
Nous demandons davantage de démocratie sociale.
Nous demandons que les règles qui organisent les parcours professionnels soient enfin construites, évaluées et discutées collectivement.
La confiance ne se décrète pas.
Elle se construit.
Elle se construit par la transparence.
Elle se construit par l’analyse.
Elle se construit par un dialogue social qui ne se limite pas à constater les résultats, mais qui participe à la définition de la politique de gestion des corps.
C’est cette évolution que l’Intersyndicale vous propose aujourd’hui d’engager.
