Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude

Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude (Albert Camus)

Face à la progression mondiale des gouvernements réactionnaires et liberticides et avec le risque tangible de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite en France, il est indispensable de livrer un combat culturel et intellectuel sur tous les fronts pour endiguer cette propagation. De son côté l’extrême droite avance ses narrations, ses peurs et ses imaginaires grâce à des relais puissants sur tous les canaux de communication disponibles : presse, TV, édition, internet,…

Face à cette offensive idéologique et capitalistique, la culture subi un désengagement progressif et massif de l’État, ainsi que des régions, des départements et des communes.

Dépourvue de sa fonction critique et émancipatrice, la culture n’est plus qu’un simple outil de légitimation des pouvoirs en place. Malheureusement, depuis près de 10 ans les gouvernements « macroniais » successifs, avec l’aide de ses alliés de droite à l’Assemblée, au gouvernement et à la tête des collectivités territoriales, n’ont eu de cesse d’abîmer, d’affaiblir et de dégrader le service public de la Culture.

Au ministère, une ministre remplace la précédente, et la dernière a presque assumé l’absence de projet de politique culturel, se contentant d’une mission d’intérim de fin de quinquennat. Et ce dans un contexte de cure d’austérité budgétaire sans précédent en 2026, en particulier pour le ministère de la Culture. Sous prétexte de redressement des finances publiques, de crise énergétique et de course à l’armement, le budget de la rue de Valois subit des coupes historiques dès le vote de la Loi de finances, avant d’être à nouveau frappé par des décrets d’annulation de crédits au début du mois de juin.

Le choc initial : la Loi de finances 2026

Dès le début de l’année, la Loi de finances acte un recul de près de 5 % des crédits de la « mission Culture ». Hors audiovisuel public, l’ensemble du budget ministériel chute à environ 4,2 milliards d’euros, soit un retour brutal au niveau de 2023 (et ce malgré l’inflation).

Alors que les collectivités ont largement baissé leurs subventions au monde culturel mettant en périls les professionnels du spectacle et de la création, au ministère de la Culture c’est le patrimoine qui est particulièrement touché. Malgré les alertes sur l’état des monuments en péril, malgré la crise de l’archéologie préventive, le programme 175 « Patrimoines » subit la baisse la plus lourde avec une chute de 9,1 % par rapport à 2025.

Les autres secteurs ne sont pas épargnés : le programme 131 «  Création » perd 4,3 % , avec une baisse de 3,7 % du soutien au spectacle vivant et des subventions destinées à l’emploi artistique qui reculent de 7 %. Le Fonds national pour l’emploi pérenne dans le spectacle (Fonpeps) voit son enveloppe théorique drastiquement réduite, menaçant la viabilité des petites compagnies. Le programme 361 « Transmission des savoirs » recule de 2,5 % et le budget du Pass Culture continu d’être amputé (lui sont alloués : 97 M€ en 2024, 72 M€ en 2025, 38 M€ en 2026), et le montant accordé aux bénéficiaires ne cesse de diminuer.

La baisse des crédits délégués aux Directions régionales des affaires culturelles (DAC et DRAC) asphyxie déjà les programmes et initiatives régionales et locales (oublié le plan « Culture et ruralité » ?).

Le coup de grâce de juin 2026 : Les décrets d’annulation

Alors que le secteur est exsangue le gouvernement choisit de durcir encore sa politique de rigueur à l’approche de l’été. Sans passer par le parlement (même pas un 49-3…), début juin, Bercy impose un nouveau tour de vis national de plusieurs milliards d’euros qui se répercute directement sur la culture par le biais de décrets d’annulation de crédits.

Pour la Culture c’est un violent « coup de rabot » de dizaines de millions d’euros de crédits, qualifié par les professionnels de véritable « assassinat budgétaire ».

Ces gels techniques et annulations immédiates ciblent en priorité la réserve dite « de précaution » et les crédits hors masse salariale. En régions, les effets sont immédiats : les chantiers sur les monuments historiques se figent (les baisses de crédits de travaux atteignent parfois 38 % à l’échelle locale), tandis qu’un dispositif de « surgel » de 10 % conserve les fonds en administration centrale, empêchant les DRAC d’engager de nouvelles dépenses.

Nous dénonçons ce « plan social rampant » qui touchera tous les professionnels du spectacle, des arts et du patrimoine.

Nous dénonçons cette nouvelle attaque contre la culture et contre ceux qui en vivent et qui la font vivre.

Les attaques ne se limitent pas aux baisses budgétaires et aux suppressions de postes (qui empêchent désormais certains établissements de fonctionner), les offensives structurelles se poursuivent, comme avec le projet de sortir du CMN le Mont Saint-Michel en fragilisant ainsi durablement une centaine de monuments moins populaires…

Nous dénonçons cette ineptie qui consiste à faire le choix de dégrader la culture alors que les forces réactionnaires n’ont jamais été aussi puissantes.

Lorsque l’émancipation et l’intérêt général ne dirigent plus les politiques publiques, lorsque la puissance publique se retire, les intérêts privés et les forces réactionnaires ont le champ libre pour proposer leurs offres « culturelles » tournées vers une culture identitaire et un patrimoine fantasmé.