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Syndicats et politique

Message du 11 avril 2012 aux agents du MCC

Chers collègues,

Dans un mail envoyé hier soir aux organisations syndicales, le secrétaire général du ministère nous met en garde quant au fait que « la distribution de documents ou l’envoi de messages électroniques à caractère politique sont interdits ». Guillaume Boudy nous rappelle également les jurisprudences constantes qui indiquent que « les syndicats ont pour seul rôle la défense des intérêts professionnels communs à leurs membres et que leur action ne saurait présenter un caractère politique ».

Fort bien, le problème est qu’il est très difficile de faire le partage entre une information qui concerne la défense des intérêts professionnels de nos adhérents (et de tous les agents du ministère par la même occasion) et une information à caractère politique. Cela est d’autant plus difficile que la politique, celle de la droite dure, de la droite décomplexée, ne s’est pas gênée pour s’inviter dans nos vies quotidiennes d’agents du MCC. Comment dès lors parler de la défense de nos missions, de nos emplois, de nos métiers, sans évoquer l’action politique, le programme politique, de ceux qui ont conduit notre ministère à l’état de déchéance qu’il connaît actuellement ?

Rappeler que l’actuel gouvernement a supprimé 150.000 emplois de fonctionnaires, fabricant du même coup 150.000 chômeurs, et rappeler qu’entre 2008 et 2011 notre petit ministère a perdu 509 emplois, est-ce de la propagande politique ou est-ce une information qui concerne directement nos mandants ?

Est-ce faire de la politique que rappeler les dégâts dont ce gouvernement est responsable dans notre secteur, notamment à travers la RGPP ? Doit-on, à la veille de l’élection présidentielle, éviter de rappeler que cette politique s’est traduite par la réduction catastrophique de 10 à 4 du nombre de nos directions centrales, un affaiblissement des directions régionales des affaires culturelles, la mise en place d’une concurrence privée dans le domaine de l’archéologie préventive ? Doit-on occulter l’autonomisation radicale des grands établissements publics dont les présidents se sentent libres de s’affranchir de la tutelle, profitant de la faiblesse du ministère pour bricoler en interne des petits statuts particuliers qui excluent leurs personnels du statut général de la fonction publique ?

Est-ce faire de la politique que rappeler que ce gouvernement casse les solidarités avec la « Prime de fonctions et de résultats », qu’il garantit un parachute doré à quelques hauts fonctionnaires via le « Grade de rémunération à accès fonctionnel » tandis qu’il gèle le point d’indice ?

Est-ce qu’un seul d’entre nous peut prétendre sérieusement qu’au cours des cinq ans qui viennent de s’écouler, ses conditions de travail se sont améliorées ? Entre les déménagements imposés, la « densification » des espaces, les réformes à jet continu, les projets de services aberrants, la mise en extinction sournoise de la filière « accueil – surveillance – magasinage », la paupérisation de la catégorie C et le mépris proclamé au plus haut niveau pour nos missions, on peut dire que nous avons été gâtés.

Et que dire des projets déments de la direction générale des patrimoines ? Peut-on oublier que le projet nauséeux de la Maison de l’histoire de France a été piloté directement par l’Elysée ? Est-ce faire de la politique que faire le constat de l’indigence intellectuelle du MUCEM, ce projet de l’Union pour la Méditerranée qui vit sur les décombres des ATP, qui fut longtemps le musée du peuple ?

De ce quinquennat, placé sous le signe de la marchandisation de la culture, des « partenariats public-privé » et des externalisations, on ne retiendra, au titre de la politique culturelle, que la farce de la « culture pour chacun », la culture du chacun pour soi.

Le Code du travail, nous indique Guillaume Boudy, stipule que « les syndicats professionnels ont exclusivement pour objet l’étude et la défense des droits ainsi que des intérêts matériels et moraux, tant collectifs qu’individuels, des personnes mentionnées dans leurs statuts ». L’article premier des statuts du SNAC-FSU déclare qu’ « Un syndicat national est constitué entre les personnels des services culturels de l’Etat, des collectivités territoriales, et les personnels permanents ou intermittents des métiers culturels artistiques et techniques relevant du droit privé ».

Nous avons estimé que « la défense des droits ainsi que des intérêts matériels et moraux » des personnels ainsi définis, en cette période d’élection présidentielle, nous commandait de nous adresser aux candidats de gauche et de porter à leur connaissance certaines revendications (la droite ayant déjà amplement démontré la nature de ses intentions à notre égard). Nous vous mettons en pièce jointe l’adresse que nous leur avons envoyée. Nous ne manquerons pas de vous transmettre leur réponse, s’ils nous font une réponse, car il s’agit bien là de la défense de nos intérêts professionnels.

Nous sommes un syndicat, nous ne donnerons pas de consigne de vote ; mais nous n’oublierons pas ce contre quoi nous avons lutté : nous n’oublierons pas que ce gouvernement nous a volé la retraite à 60 ans, qu’il a institué la journée de carence, qu’il a taxé les mutuelles, mesures rétrogrades que nous avons combattues syndicalement et qui concernent chacun d’entre nous.

Surtout, nous n’oublierons pas que ce gouvernement s’est donné pour programme politique l’éradication systématique des acquis sociaux que le Conseil national de la résistance nous avait légués sous le titre « Les jours heureux ».