Le scandale archéologique révélé la semaine dernière par les syndicats nationaux SNAC-FSU et SGPA CGT-Culture en a surpris plus d’un : mais qui pouvait bien avoir conçu un tel projet d’aménagement du parvis de la cathédrale de Valence, hors de tout contrôle et de toute opération d’archéologie préventive ?
La réponse est simple : l’Etat lui-même, ou plutôt ses services culturels. Sous la poussée d’un DRAC sur le départ qui a décidé de prendre quelques libertés avec le Code du patrimoine, les exceptions à la règle tendent ainsi à se multiplier ces derniers mois, portées par un délire de « simplification » selon la mode du moment : toutes les fantaisies sont désormais permises !
Un choc de simplification !
Dans le centre-ville de Valence, à l’emplacement du groupe épiscopal paléochrétien, les archéologues évoluent pourtant en terrain connu : difficile par conséquent d’envisager des travaux hors de toute prescription… Et ce d’autant plus que toutes les conditions étaient réunies depuis 2018 – et les prémices du projet – pour anticiper intelligemment les procédures.
C’était sans compter sur l’esprit créatif du DRAC ARA qui souhaite faire de ce dossier un cas d’école. Le service des Monuments historiques est chargé de restaurer et non de détruire le patrimoine. L’affaire est donc entendue : pas de destruction, pas de prescription d’archéologie préventive… Mais le diable se cache souvent dans les détails… Face aux questions de ses services, le DRAC réitère sa position : il ne s’agira que d’une reprise superficielle du parvis. Comment ? Les terrassements iront en profondeur, très en-deçà du niveau d’apparition des vestiges ? Des tranchées de réseaux sont prévues ? Ne soyez pas trop pointilleux, Messieurs les archéologues ! Qu’à cela ne tienne : le SRA assurera lui-même le suivi de travaux, comme autrefois, en lieu et place d’une fouille préventive. Après tout, nous sommes entre gens de bonne compagnie… Affolé, le conservateur régional de l’archéologie tente de soumettre plusieurs cahiers des charges pour nourrir une éventuelle prescription, mais rien n’y fait : le DRAC veut son « choc de simplification », et il l’aura. Le CRA n’a plus qu’à regagner son bureau et à attendre gentiment qu’on lui signale les destructions pour agir.
Loyauté oblige, le CRA n’ira pas plus loin. Car pour le DRAC, l’enjeu est d’importance. Le dossier a même valeur d’exemple aux yeux de ses partenaires : il était déjà possible de contourner des diagnostics ; voici maintenant comment procéder en matière de fouille. Au diable la sauvegarde par l’étude, les « trous pour faire des trous » et les prescriptions techniques ! Sur les Monuments historiques, il y a toujours moyens de s’entendre… et de « régulariser », le cas échéant.
C’était oublier un peu rapidement que les travaux se dérouleront au vu et au su de tous. Circulez, y a tout à voir ! L’alerte, lancée par le SRA, ne rencontre toutefois qu’un écho timide. Il faut dire que lorsqu’il s’agit de simplifier les procédures et d’accompagner la destruction du patrimoine archéologique, le DRAC ARA n’en est pas à son coup d’essai, bien au contraire : au printemps dernier, nous dénoncions déjà le choix arbitraire qu’il avait fait de « dé-prescrire » sept diagnostics préventifs en secteurs sensibles… pour répondre aux attentes d’une Sous-direction de l’archéologie aux abois et prête à tout pour satisfaire les desiderata du lobby de l’agrivoltaïque.
Aujourd’hui, il passe à la vitesse supérieure, espérant ouvrir la voie aux partenaires publics et privés de la DRAC – dont le très influent maire de Valence : il est possible de contourner la loi sur l’archéologie préventive en faisant croire que des travaux en sous-sol ne peuvent avoir d’impact sur le patrimoine enfoui. Un moyen simple d’amortir la baisse drastique de ses budgets et de s’épargner les contraintes imposées par les archéologues… de ses propres services !
L’affaire s’annonce d’ores et déjà comme un scandale retentissant : dans une note interne du mois de juin, les agents du Service régional de l’archéologie mettaient déjà en garde leur administration contre les risques d’une polémique financière et médiatique, à laquelle s’ajouterait – ce qui est plus grave – un carnage archéologique sans précédent… ou presque. Personne, dans la communauté scientifique, ne souhaite revivre le drame du Campo Santo, lorsque les pelles mécaniques avaient détruit les vestiges conservés aux abords de la cathédrale d’Orléans.
C’était dans les années 1970 : décidément, le DRAC ARA accuse quelques décennies de retard en matière d’archéologie préventive et de conservation du patrimoine… Qui se douterait encore qu’il fut sous-directeur de l’archéologie, il y a de cela à peine 15 ans ?
Les archéologues, eux, n’ont pas oublié les grands combats du passé : le parvis de la cathédrale de Valence pourrait bien devenir le centre de la prochaine contestation…
Les sections CGT et FSU de la DRAC ARA